Je vous avais prévenus que les mises à jour seraient irrégulières. Réjouissez-vous des moments où j’entretiens mal ce site, ça veut dire que je travaille sur des choses plus constructives. Là, je devrais répondre à mon glissement de terrain de courriels, mais il y en a juste beeeeen qu’trop (c’est complètement débile, je me sens de plus en plus proche de Gaston, avec ses montagnes de courrier en retard), c’est vertigineux, et je me sens trop vedge. Alors nourissons ce blog. Merci à celles et ceux qui sont venus au lancement montréalais de Plan cartésien. C’était une journée formidaaaaaaable. Tant pis pour ceux que la pluie a fait fuir.

Salgood Sam a fait un croquignolet reportage-photo ici : http://www.flickr.com/photos/salgood/sets/72057594141417277/show/

Le chouette site Bédéka propose une entrevue avec moi, aujourd’hui : http://www.bedeka.org/jimmy-beaulieu-mecanique-generale.htm

Sur un autre site, www.bdquebec.qc.ca, j’écris une prolongation de ma proposition de définition de la bande dessinée (drôle de phrase). C’est un exervcice un peu vain que de vouloir définir ce médium, comme toute forme de catégorisation, d’ailleurs, mais on parle pour parler… Puisque ce placotage colle un peu à la vocation de ce blog, je vous remets le texte (adapté) ici. J’y répète selon moi, à mon humble avis et je pense que au moins 10 fois par phrase pour éviter que le monde ne parte sur des maudites balounes comme ça arrive souvent sur internet, ce qui peut s’avérer fatiquant en titi. Hébin voilà : J’ai déjà écrit, dans Projet domicilaire, un texte qui décrivait ma définition personnelle de la bande dessinée. Vu qu’elle est simple et ridiculement inclusive, je la répète ici :

De l’image fixe en séquence.

Oui, ça inclut certaines publicités, les peintures rupestres, des livres pour enfants, et La cage. Cette définition suscite souvent des désaccords passionnés, mais on ne m’explique jamais pourquoi, ou alors on me donne des arguments que je ne trouve tout simplement pas valables. Dans cette scène de Projet domiciliaire, je dis que je virerais la notion narrative de la définition. Ce qui, je pense, est assez nécessaire. Si on se dit qu’on doit absolument “raconter”, dans le sens classique du terme, on se confine à tourner un peu en rond, je trouve. Même si je suis personnellement attaché au récit de structure classique, je n’excluerais pas le “non-sequitur” dont parle Scott McCloud. Et même si les hiéroglyphes et les peintures séquentielles préhistoriques ne racontent finalement pas une “histoire” (on n’en a pas la certitude), il est assez safe de penser que le SENS jaillit de l’inter-relation entre les images. Je disais aussi que pour moi, certains livres pour enfants, si on pense notamment à ceux de Grégoire Solotareff ou Elzbieta, où les textes et les images sont en relation de complémentarité, méritent tout autant –sinon plus– l’appellation bande dessinée que les livres de Jacobs et de Loustal/Paringuaux (que j’aime bien, n’interprtez pas n’importe comment), qui fonctionnent sur un système de redondance texte-image. Selon moi, la bande dessinée utilise bien son potentiel lorsque le dessin n’a pas comme simple fonction d’illustrer ou d’enjoliver le propos, lorsque le SENS de celui-ci est créé par l’effet de ping-pong. Ping pong d’une image à l’autre, ping-pong du texte à l’image, et vices versas.

L’essence de la bande dessinée réside dans cet art invisible que décrit Scott McCloud, dans les raccords poétiques qu’on fait dans l’espace-gouttière. C’est cette case où l’on voit Haddock qui se pète la gueule dans “Vol 714 pour Sydney” alors que Hergé n’a dessiné que l’avant et l’après (observé par Benoît Peeters dans Case, planche et récit). Je ne dis pas que les livres de Jacobs et Loustal ne sont PAS de la bande dessinée, je dis juste qu’ils n’utilisent peut-être pas ce qu’elle a de plus fort à offrir (toujours à mon très humble avis, là, pas de panique), alors que certains auteurs d’albums pour enfants le font admirablement. Moi, je veux bien de Solotareff, Elzbieta et Nadja dans ma gang ! Frédéric Pajak, Jean Teulé, Lino et Martin Vaughn-James aussi. Certes, c’est une définition d’auteur/éditeur qui se lasse vite de la routine, et qui est particulièrement stimulé par la recherche et les idées novatrices, et il est totalement naturel que les historiens et certains critiques et théoriciens ne la partagent pas. Mais je suis content de lire des textes comme celui de Yves Lacroix : “Pour une définition minimale du medium” (Regards sur la bande dessinée, Les 400 coups), qui vont dans le même sens que ce que je propose. Oui, en effet, quand il s’agit de remettre des prix, ou de comptabiliser les parutions, de tenir une chronique hebdomadaire, de classer les livres dans une librairie, cette définition est absurde, mais disons que ce n’est pas de mes affaires. Je travaille en amont du livre et je ne peux qu’avoir une définition ouverte, ceux qui travaillent en aval peuvent avoir une autre définition si ça peut les aider à ne pas virer fous dans tout ce bordel.

À bientôt !

J




Bon, encore une petite annonce. Désolé, j’veux pas que ce blog devienne un organe promotionnel, mais bon… faut ben le dire à quett’part.

J’ai une petite nouveauté sur les tablettes des libraires québécois, il s’agit d’une histoire courte de 6 pages intitulée : “Des avantages de la trajectoire immuable”, publiée dans l’excellent recueil D’un quai à l’autre, éditions Ouest-France. J’y raconte une histoire sur les trains, en couleurs (oui, oui, en couleurs).

Normalement, cette histoire devrait rester exclusive à ce recueil, donc je ne vous ferai pas acheter deux fois les mêmes pages.

(le dessin de couverture est de Étienne Davodeau)

J





Il y aura un lancement-Montréal pour “Plan cartésien”, le samedi 20 mai 2006, en deux parties :

a) de 13h à 18h, à la librairie “Fichtre !”, 436, de Bienville, Montréal, pour une séance de dédicace avec un paquet d’auteurs, et
b) à partir de 18h au bar “Les pas sages”, 951, Rachel est, Montréal aussi, pour un petit boire plus relax.

Devraient y être : Salgood Sam, Rupert Bottenberg, Matthew Forsythe, Éléonore Goldbreg, Éric Thériault, Catherine Genest, David Turgeon, FJ Gosselin, Pascal Girard, Siris, A.J. Duric et bien d’autres…



Deux nouveautés paraîtront bientôt chez MG (courant juin, vraisemblablement). D’abord “Dans un cruchon”, premier livre officiel de l’excellentissime Pascal Girard
(lisez l’entrevue de BÉDÉKA avec Pascal, ici : http://www.bedeka.org/2006/05/12/pascal-girard/#cut-1 ), et “William”, le nouveau Leif Tande. Oui, vous avez bien lu : LE NOUVEAU LEIF TANDE (yesssssssir !) !!! En passant, Leif Tande a gagné le prix de la ville de Québec pour “Morlac”, lors du dernier festival de la bande dessinée de Québec. Moi je dis qu’il y a des jurys qui savent lire ! Une bonne main d’applaudissement : CLAP ! Souhaitons à “William” d’âtre aussi couvert de gloire !




Le jeudi 18 mai à 17h sera lancé le Vestibulles no 34, réalisé par les participants à mon atelier de bande dessinée, donné au cégep du Vieux Montréal. Ça se passe au local A10-22 du cégep, 255 rue Ontario est, Montréal. Soyez parmi les premiers à découvrir ces petits nouveaux !


(dessin de Samuel Leblanc)

Bon, ben ça fait le tour, je pense.

À bientôt !

Jimmy




La semaine passée, j’ai regardé “La règle du jeu”. Il y avait un petit mot d’introduction avant le film. J’en ai retenu deux phrases qui me trottent dans la tête depuis (et qui m’accrochent un sourire au visage) :

“Quitte à prendre des maîtres, il vaut mieux les prendre grands. Ça ne veut pas dire qu’on se compare à eux, ça veut dire qu’on essaie d’en prendre de la graine.”

- Jean Renoir




Je ne viens pas vraiment de la culture populaire. J’veux dire… quand j’avais 13 ans, en ’88, je trouvais que Einstuerzende Neubaten, c’était commercial. Quand Nine inch nails est apparu, je trouvais que ça sonnait exactement comme les New kids on the blocks (je le pense encore). J’écoutais du Merzbow, du Missing Foundation, du Dissecting table… L’émission “Désordre” (CKRL, Québec) était ma référence ultime. J’achetais mes disques au “Bunker”. À l’âge où normalement, on doit écouter du punk, du metal ou du gangsta rap, il n’y avait que du bruit chaotique qui avait la moindre signification à mes yeux (ou plutôt à mes oreilles), qui faisait écho à ce que je vivais. La musique des Sex Pistols ressemblait encore trop à celle des Platinum Blonde, Poison et Def Leppard qui polluaient les ondes fm dans le temps. Ça a fait son temps. À quinze ans, je suis tombé amoureux, et j’ai alors ré-appris à aimer les mélodies et la structure de la musique pop. Il m’a fallu vaincre ma honte au départ, mais j’y suis arrivé au point de devenir un fan quasi-inconditionnel de Burt Bacharach. Et mon amour viscéral pour la culture populaire n’a cessé de grandir depuis (avec discernement, quand même, là). Je dis ça pour faire suite à mon texte précédent. Le pop est quelque chose que je respecte profondément, mais que j’essaie encore de comprendre.

Ces temps-çi, je reprends des forces après le rush de novembre 2005-avril 2006 qui a failli me tuer, et je fais des allergies, alors je suis pas très vaillant. En plus de perdre mon temps sur ce blog, je regarde beaucoup de séries télé en DVD. J’adore ce principe de feuilleton, avec ses personnages qu’on aime retrouver sur une longue période de temps. On peut vraiment faire des choses formidables avec ce format. C’est impitoyable. Si on l’utilise bien, on peut aller TRÈS loin. Je pense qu’on peut s’en inspirer pour la bande dessinée.

J’en parle depuis un moment (ça remonte d’ailleurs aux touts débuts de MG), mais j’ai envie de défendre une bande dessinée populaire qui ne soit pas putassière pour autant. Populaire dans le sens d’accessible, voire accueillante, ou même, mot que j’honnis habituellement : divertissante (je déteste ce mot parce que la vie est trop courte pour passer son temps dans des diversions). Mais comme c’est pas vraiment ma tasse de thé, a priori, ça me demande un effort d’analyse. J’ai des fantasmes de collection pop pour laquelle j’ai déjà un nom, et des projets que je lorgne de près. Des petits 6×9 souples en noir et blanc qui proposent des récits policiers, de la science-fiction ou même des histoires de super-héros (mais pas trop d’épées et de dragons… aversion personnelle). Une collection qui découle de la bande dessinée tant québécoise, européenne, japonaise qu’américaine, et je pense qu’au Québec on est bien placés pour ce genre de projet. Toutes ces influences sont souvent intégrées à différentes doses par nos auteurs. Une collection moderne de fiction de genre, au sein de laquelle des auteurs comme Johane Matte, Dub, Jeik Dion ou Boo pourraient s’épanouir. J’aimerais faire rimer genre avec élégance et intellignece, plutôt quavec vulgaire et racoleur.

Le problême avec la bande dessinée de genre, au Québec, c’est que ceux qui la font bien peuvent facilement exporter leur travail et faire plus de sous que ce que les éditeurs québécois peuvent payer (à l’heure actuelle). Ah, c’est une peu dommage. Le bon côté, c’est que ceux qui restent ici sont ceux qui n’auraient pas grand chose à gagner en publiant à l’étranger, soit les auteurs aux univers plus intimistes. Mine de rien, ça créé une certaine cohérence dans la production québécoise. Un ton. Mais je maintiens qu’une bande dessinée de genre peut être développée ici. Et le format 6×9, noir et blanc, permet d’avoir l’impression de travailler plus vite. C’est important de pouvoir raconter rapidement en ayant, par exemple, un dessin détaché de la tradition d’artisanat-pour-faire-joli de la bande dessinée. Surtout dans le contexte d’une telle collection, qui ne pourrait pas payer ses auteurs pendant qu’ils réalisent leurs planches, comme c’est présentement le cas au Québec. Ça permettrait d’en raconter chaque fois plus que ce que permet un pauv’46 pages européen, ou encore pire, le 22 pages américain, qui offre à peine le temps d’une saucette, pas le temps de faire connaissance avec les personnages ou d’entrer dans l’univers. Ça permettrait d’atteindre, peut-être, le pouvoir suprème du feuilleton tel qu’on l’a connu il y a cent ans avec la littérature, et qu’on connaît actuellement avec les séries télé sur DVD. J’imagine très bien des auteurs comme Thierry Labrosse, François Lapierre ou Delaf alterner un livre long à faire et payant pour l’Europe, et un plus rapidement fait (ça n’empêche pas l’exigeance et la qualité), 6×9, n+b, pagination généreuse, sans compromis et moins payant (au début, du moins) pour un éditeur québécois. Ça permettrait non seulement de consolider nos acquis, mais aussi de développer ce qui pourrait devenir une perspective d’avenir intéressante pour, par exemple, les finissants du Baccalauréat en bande dessinée de l’université du Québec en Outaouias.

Bon, allez, je rêve, je rêve…

J




L’an dernier, dans le cadre d’une table ronde –qui réunissait plusieurs éditeurs, distributeurs, auteurs et intervenants en bande dessinée du Québec– au festival “BD Montral”, j’écoutais un scénariste qui travaillle pour Soleil (dont le nom m’échappe) nous dire qu’il fallait qu’on fasse un effort d’éducation auprès du grand public pour développer chez lui “l’amour du bel album cartonné couleur”. Selon lui, nous n’avions pas suffisamment, au Québec, la culture du “beau livre”*, et c’est ce qui expliquait le relatif insuccès de la bande dessinée sur le territoire. Sur le coup, je n’ai pas vraiment réagi. Je me suis dit : “Qu’ils le fassent, leur combat, si ça peut leur faire plaisir, ça ne me concerne absolument pas.” Ce qui m’agaçait en premier lieu, dans cette intervention, c’était la manifestation du malentendu folklorique qui confond le medium et son contenant standard : le 48CC (“album” 48 pages cartonné-couleur, tel que baptisé parJean-Christophe Menu). Cette appropriation des tenants de la bande dessinée commerciale du statut de “vraie bande dessinée” (versus les petits trucs marginaux qui essaient à côté) me fait habituellement sortir de mes gonds. Mais ce n‘est pas le point sur lequel j’aurais dû réagir à cette intervention. Ce n’est que plus tard dans la journée que j’ai réalisé à quel point nous étions chanceux, au Québec, de ne pas avoir dans les jambes cet obstacle de taille, cet indéboulonable monolithe qu’est le 48CC en France et en Belgique.

Le format comics américain a connu un certain succès ici par le passé, et plus récemment, la manga s’est aisément fait une place. Mais à l’exception des très grands classiques que sont Tintin, Astérix et Lucky Luke (un tout autre genre de produit, comme l’a souligné Jacques Samson), les séries populaires européennes n’ont jamais vraiment décollé (sauf quelques exceptions comme Kid Paddle, à la limite). Il est donc possible que les québécois aient du mal à payer cher pour du carton et de la couleur, hébin tant mieux ! Enfin, tant mieux pour nous.

Le Québec, terre vierge d’une lourde tradition de bande dessinée, serait-il donc un lieu idéal pour développer un lectorat pour une bande dessinée plus “fraîche” ? J’aimerais bien le croire. Je pense que les chiffres de ventes croissants des livres de MG ou de La pastèque démontrent bien que nous ne souffrons pas beaucoup du manque de popularité de la bande dessinée sur le territoire québécois. Même que je pense que ça joue en notre faveur. Le travail sur les mentalités se fait somme toute assez aisément. J’ai l’impression que les gens comprennent de plus en plus que la bande dessinée n’est qu’un langage, sans connotation esthétique oligatoire, qu’elle est multiple et qu’on peut y faire des chefs-d’oeuvres comme de la merde. De plus, nous sommes relativement épargnés par la problématique de surproduction effrénée qui étouffe le “marché” français.

Dans les dernières années, j’ai été appellé à être chroniqueur bande dessinée pour tel ou tel média. Au sujet de ces chroniques, on m’a quelques fois reproché d’être élitiste, de ne pas suffisamment penser au grand public. Ah bon. Cependant, on m’a encore plus souvent dit : “J’aime pas vraiment la bande dessinée, normalement, mais ce que tu fais, et ce que font Rabagliati, Satrapi, Delisle, etc., j’adore ça !” Donc, si j’avais commencé “facile” (à la “Largo Winch”), j’aurais fait fuir le bassin de lecteurs ouverts et curieux que je souhaite atteindre. Quand on regarde les ventes de Pierre Lapointe, les succès de C.R.A.Z.Y. et de Malajube, on se dit qu’une bonne partie des Québécoises et des Québécois sont peut-être écoeurés qu’on les prenne pour du grand public, le regard livide et la bouche ouverte (avec un petit filet de bave qui pend), prets à être gavés de Bruno Pelletier et des Boys.

Le problème, c’est que je pense sincèrement que Le jounal de mon père et Quartier lointain, de Taniguchi, ça parle à tout le monde qui a eu des parents et/ou une adolescence. Et qu’à l’inverse, “Largo Winch” ne s’adresse qu’à une toute petite frange de la population qui aime les histoire convenues, les personnages stéréotypées, les dialogues empruntés, le fric, les pitounes siliconées décoratives, les dessins faits avec un bâton dans le cul, les couleurs laides à faire brûler la rétine et les scènes d’explosion. C’est donc normal que j’aie du mal à prendre le grand public pour le con qu’il est peut-être. So sue me !

Pour qu’un projet éditorial survive, on a besoin de succès. Est-ce qu’on a vraiment besoin du grand public (niveau Star Academy) pour faire de nos livres des succès ? Non. La plupart de nos livres sont déjà considérés comme tel (oui, commercialement aussi), et ça va de mieux en mieux. Mais la question que je me pose vraiment, c’est : Est-ce que le meilleur moyen de rejoindre le grand public, c’est de commencer “facile” (avec XIII) et de devenir de plus en plus “pointu” (avec Delisle**) ? Ça m’apparaît rigoureusement absurde. Adolescent, je pensais que je n’aimais pas la bière. C’est surtout que j’essayais de boire de la Labatt bleue, de la Molson Dry et de la Laurentide. Quand j’ai goûté à la Portneuvoise, j’ai constaté que la bière, ça pouvait être délicieux. J’ai ensuite découvert la Guiness et surtout la Boréale rousse, partiellement responsable de mon physique rondelet. La bière “commerciale”, de consommation de masse, grand public, a été un obstacle dans ma découverte de la bière.

Ça ne m’empêche pas de me réjouir des succès de la bande dessinée plus commerciale, bien sûr, je viens de faire une éloge de BRUNO BRAZIL sur ce blog, alors ne venez pas me traiter d’élitiste snob, bout d’ciarge de St-Chrême, je l’ai déjà entendue !

Très naturellemnt, je pense que nos livres sont sortis du
ghetto de la bande dessinée (dans la queue de la comète de ceux de Rabagliati, rendons à César ce qui appartient à César), qu’une grande part de notre lectorat n’avait pas lu de bande dessinée depuis des années, et c’est tout à notre avantage. Hitchcock disait, à propos du travail avec des acteurs inexpérimentés, qu’il y avait moins de mauvais plis à défaire avec ceux-ci. Je pense que c’est ce que nous avons la chance de vivre en ce moment. Les libraires et journalistes semblent avoir compris très tôt que nous ne faisons pas de la bande dessinée POINTUE, mais plutôt du livre, tout simplement, qui peut parler à toute personne ayant un minimum de curiosité culturelle. Je les en remercie.

J

* : le jour où je considèrerai que le 48CC à la Soleil comme un modèle de “beau livre”, donnez-moi des pilules ou enfermez-moi avec une camisole de force.

** : le fait que Guy Delisle soit considéré comme un auteur “pointu” est parfaitement ridicule, mais croyez-moi, j’entends ça, des fois.





Voilà un projet qui aura certainement réduit mon espérance de vie de deux ou trois belles années. Si les catholiques ont raison et qu’il faut souffrir pour aller au ciel, ce livre me vaudra certainement une passe V.I.P. au jardin des délices éternels. L’aboutissement de cette saga survient au point culminant d’une longue période de stress et d’angoisse (en l’occurence : l’année 2005, sur laquelle je reviendrai). J’ai développé de nouvelles manières de manifester mon stress, notamment en serrant incontrôlablement les dents, à un tel point qu’en dormant, il y a quelques mois, je me suis fait sauter un bout de palette. Oui, ça fait mal. Mais je suis certain que ce symptôme n’est rien à comparé des conséquences à long terme de ce stress excessif tapies dans mon système.

L’obligation de refuser des histoires a été assez problématique pour moi. Je suis très mauvais pour faire ça et ça m’a torturé pendant les trois ans qu’ont duré la réalisation de ce projet (éléphant blanc à ses heures). Je ne publierai jamais un livre que je n’assume pas à 95% (le 100% n’étant pas de ce monde), mais ce collectif se voulait plus ouvert et varié que les livres MG (plus “purs”). La clause stylistique était plus difficile à argumenter, même si c’est qui nous a fait trancher au final. Le livre devait être protéiforme MAIS cohérent.

Je trouve qu’au final, le livre a vraiment de l’allure (malgré quelques défauts de conception inévitables qui ont failli m’assassiner par découragement au sortir de l’imprimerie). Il y a quelques histoires qui ne font peut-être pas partie du discours que le livre devait avoir dans mes rêves les plus fous, mais je considère que cette expérience sera formatrice pour les auteurs de celles-çi. C’est d’ailleurs un des buts les plus intéressants des projets collectifs. Avoir publié dans ce type de livre m’a énormément apporté, sur le plan formel. On comprend mieux ce qui fonctionne ou pas dans ce qu’on fait lorsqu’on voit notre histoire courte imprimée dans un livre et juxtaposée au travail d’autres.

Nous voulions à la fois donner une première expérience à des débutants, proposer un showcase des auteurs les plus actifs de l’heure, montrer que quelques vétérans étaient en pleine forme, et offrir à des auteurs qu’on connaît pour leurs travaux plus… mettons commerciaux une occasion de faire quelque chose de plus personnel.

Ceci dit, il ne faut pas trop en faire, des collectifs, parce que ça lasse les lecteurs (le libraire en moi ne le sait que TROP BIEN), et ça finit par n’intéresser que les auteurs participants si ce n’est pas extrêmement bien fait et abordable. D’ailleurs, j’étais bien conscient des écueils de l’exercice dès la première publication de l’écurie mécanique générale : “Avons-nous les bons pneus ?”, sous-titré : “le dernier collectif (promis)”. Je suis content d’avoir brisé ma promesse pour l’occasion. “Plan cartésien” est un livre qui a du corps, qu’il fait bon feuilletter et refeuilletter. On a toujours des surprises, des choses sur lesquelles on est passé un peu vite à la première lecture, etc. Le choix d’un papier mince, un peu cheap, s’est avéré judicieux. Dès le départ, je voulais que ce livre soit généreux, multiple, et qu’il ait un “prix découverte” (30$ pour un livre de 416 pages, c’est pas pire pantoute). Et le côté “portrait subjectif de la scène” sur lequel je souhaitais insister fonctionne assez bien, malgré quelques absences cruelles dûes, en partie, à l’impossibilité de faire un livre de 800 pages et au caractère bénévole de la participation des auteurs.

Le lancement à Québec à la fin avril avait quelque chose de féérique. Ça a vraiment été une belle soirée. Belle ambiance, bon monde. Oui, je pense que ce livre réunit une BELLE gang. C’était chouette de voir ensemble du monde comme Paul Bordeleau, Christian Daigle, Éléonore Goldberg, Daniel Plaisance, Siris, Djief, Leif Tande, jonas pékan, Christian Quesnel, PhlppGrrd, Boo, Jean-Louis Tripp, Line Gamache, Pishier, et donc ben d’autres ! Merci d’être venus ! … Au stand MG/400 coups du festival de la bande dessinée de Québec (où on a vendu une BARGE de livres !!!), c’était aussi spécialement chouette. On dédicaçait, trois ou quatre auteurs en permanence, tout en faisant connaissance. La présence de Todd, du groupe “Les batinsse” (qui faisait office d’émérite tenancier de stand) a largement contribué à l’ambiance magique qui régnait en ce kiosque. C’est une authentique “people’s person”, qui nous dégênait tous d’emblée. Todd, il va falloir qu’on aille vendre de la bière (ou des t-shirts, je préfèrerais) à tes shows, comme le suggérait Leif Tande, pour te remercier !

On peut dire “mission accomplie” et espérer que ce livre donnera le goût à des millions de lecteurs de devenir des fans inconditionnels de pascal girard, Iris, Petr, David Turgeon, Catherine Genest, Evlyn M., etc. etc. etc.

Bon, maintenant, va falloir que je réaprenne à dessiner, moi…

Petite annonce : un “get together” est prévu pour le lancement montréalais de l’opuscule le samedi 20 mai dès 13h chez Fichtre ! ( www.fichtre.qc.ca ), signatures avec plein d’auteurs, puis déménagement vers un tripot (à déterminer) à 18h pour un petit boire. Espérons qu’il fera beau soleil.




Dernièrement, je me disais que les derniers livres qu’on a sortis m’avaient donné beaucoup de fil à retordre. Je me suis dit : “Ah ! Si ça pouvait toujours être aussi facile que lorsqu’on a publié…” et je n’ai jamais réussi à trouver un seul titre dont l’accouchement n’avait pas été particulièrement difficile. Chaque livre est jusqu’ici venu avec son cortège de leçons apprises à la dure. On a souvent fait reprendre les tirages, soit parce que les scans n’étaient pas satisfaisants, soit parce que l’imprimeur avait inversé les pages de garde entre deux titres, soit parce que le livre n’était pas au bon format ou qu’il était mal relié, ou que les noirs étaient fadasses, ou qu’une coquille ou deux aient échappé à notre vigilance, ou qu’il n’était pas imprimé sur le papier demandé, etc… sur quelques titres, on a loupé la date de parution (ou il a fallu faire des prouesses olympiques pour les avoir à temps), ou je me suis engeulé avec l’auteur au sujet de la couverture ou de tel ou tel détail.

Mais bon, je dis “difficile” parce que j’ai ce projet très, TRÈS à coeur, et que je suis extrêmement exigeant sur la facture du livre. Le deuil de la perfection n’est pas quelque chose qui me vient naturellement. Un livre, ça se fait en suant eau, larmes et sang, mais ça vaut toujours la peine.

On a quand même fait un superbe bout de chemin en cinq ans, et je regarde avec grande fierté le corpus cohérent qu’est devenu notre catalogue. Comme je disais dans une récente entrevue : http://bdquebec.qc.ca/entrevues/entrevue_jbeaulieu.html , la collection est une sculpture en constante évolution, chaque livre est une pièce, qu’on peut prendre indépendamment des autres, mais qui prend tout son sens dans le contexte du projet global. Il me tarde toujours d’en ajouter une nouvelle pièce à l’ensemble pour voir où tout celà mène.

J




Je songeais depuis un moment à tenir une espèce de “journal d’éditeur” autour de la collection mécanique générale, que je dirige depuis 2000. J’ai souvent écrit quelques lignes sur certaines expériences entourant la création d’un livre qui, je crois, pourraient intéresser celles et ceux qui suivent notre projet éditorial de près.

Je commence ce blog alors que m’attend une montage de courreils en retard qui évoque celles de Gaston Lagaffe. mais comme il y a malgré tout un léger relâchement dans les affaires pressantes, je me sens en vacances et me lance dans un autre projet en vrai écervelé. Je ne suis pas sorti du bois, mais bon allez, j’ai très envie de le faire.

J’ai hésité avant de me lancer, d’abord parce que je suis un junkie de ce genre de chose et que je risque d’y gaspiller énormément de temps (précieux, faut-il le rappeller ?), et aussi parce que j’ai vu une entrevue avec Robert Lepage, où il disait “qu’il faut toujours se garder une part de mystère…”… puis je me suis souvenu qu’un jour j’ai écrit qu’il faut avoir une part de mystère bien mince pour penser qu’on peut la DÉVOILER en tenant un carnet de bord ou en donnant des entrevues.

Au fur et à mesure, je pourrai consigner ici des nouvelles, oui, mais aussi et surtout des réflexions plus personnelles (allant dans le sens de ma démarche diariste dont font partie mes livres “Le moral des troupes” et “Projet domiciliaire”) et autres je-ne-sais-quoi-on-verra-bien. Je pourrai aussi publier des dessins, mais ce ne sera pas la vocation première de ce blog. Je ne promets aucune assiduité, mais j’ai déjà quelques petites choses en banque que j’ai envie de partager. Alors bienvenue à vous !

Jimmy




 
 
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