Y’a vraiment de la bonne musique, ces temps-ci. Y’a pas si longtemps, les mélodies honnêtes, riches et luxuriantes était le terrain de jeu des produits pompiers et racoleurs qui passent sur les radios FM. Maintenant, les musiciens intelligents et créatifs sont décomplexés du pop. Jeunes, ils ont écouté du Joy Division, du Elton John, du Public Enemy, du Metallica et du Motown, aujourd’hui, ils ont assimilé tout ça et ils poussent dans de nouvelles directions.

J’aime la simplicité du pop, son équilibre entre la créativité et le respect des structures classiques, sa sensibilité directe, son ouverture. C’est drôle, le monde pense que je suis super-élitiste. J’sais pas pourquoi, c’est probablement à cause de toutes les fois où les journalistes m’ont mal cités en entrevue. Mais come on ! Entre Arthur H et Claude François, je choisirais Claude François n’importe quand ! D’un autre côté, si on me donne le choix entre Jean Van Hamme et Géraldine Kosiak, j’hésiterai pas deux secondes à flusher Van Hamme.

Pour la fête de mon père, dernièrement, j’ai fait plaisir à l’ex-DJ en moi, j’ai fait une compilation. C’est une espèce de tradition entre nous. Ses goûts ne sont pas compliqués à cerner, j’ai juste à mettre ce que j’écoute en ce moment, il devrait apprécier. Grâce à itunes, c’est aujourd’hui pas mal plus simple de faire ça que quand on faisait des cassettes dans les années ‘80-’90. Je recommençais souvent un mixtape parce que je voulais inverser deux pièces pour obtenir une meilleure progression (misère…).

Cliquez sur les images ci-dessous pour obtenir les traklistings. Vous pouvez vous amuser à les reconstituer, c’est vraiment deux CD formidables ! Les écouter aide à vivre.

Alors voici :

LEVURE AU PAIR, volume 1 & 2


Rocky Votolato - Makers : Un chef d’oeuvre qui brille comme un grand jamboree de soleils. En chantant une seule note, ce Rocky-ci envoie tout de suite au tapis l’autre avec les sequels idiots.

Guillemots - Trains To Brazil : Sans doute ma découverte récente la plus réjouissante. Cette pièce met toute la gomme, dans la tradition d’hommage à Motown à la Modern love, de Bowie. Ici, le clip.

The Most Serene republicWhere Cedar Nouns And Adverbs Walk : Je pense que le label torontois Arts & Craft a pour moi autant d’importance aujourd’hui que Warp en a eu dans les années ‘90. Ce qui se dégage de leurs disques, c’est que l’amitié, la déconnure, la sensibilté et la créativité semblent immensément plus importantes à leurs yeux que l’exhibition de la virtuosité. Position à laquelle j’adhère totalement. Cette track-là en particulier, c’est un feu d’artifice.

Jason CollettWe All lose One Another : Une des têtes pensantes du formidable supergroupe Broken Social Scene. Sur ce projet solo, on voit qu’il a écouté du Dylan. Le mantra final de cette pièce est aussi juste que triste. Mais déprimant ? Non.

John VandersliceExodus Damage : Au niveau des paroles, Vanderslice n’a absolument pas son pareil. Ses chansons racontent des histoires assez cracquepottes.

Death Cab For CutieChristmas (Baby Please Come Home) : Un peu en retard pour le noël du campeur, mais c’est pas grave. C’est une des rares chansons de noël non-écrites par Brian Wilson que j’aime. Ça faisait des années que je cherchais c’est quoi. Et c’est qui qui a fait une reprise et et a mis un terme à ma quête ? Death Cab For Cutie ! Oui messieu !

The Divine Comedy - Births, Deaths and Marriages : La meilleure pièce du nouveau Divine Comedy n’est pas dessus ! C’est le B-Side de Diva lady ! Je m’identifie beaucoup aux paroles, au début.

Ben LeeFloat On : Un jour, j’aurai une attitude aussi positive que Ben Lee. Un jour…

Mojave 3Breaking the Ice : Le nouveau Mojave 3 est assez chouette. Je m’ennuie de la production idéale de Mark Van Hoen, mais bon… Ils n’ont pas sonné aussi éveillés depuis leur demo des Pumpkin Fairies en 1989.

The Format
Pick Me Up : En citant Green Isaac de Prefab Sprout de même, c’est clair que The Format peut compter sur moi pour faire partie de leur fan club. La pochette du disque est trop belle, en plus.

The Twilight SingersFeathers : Greg Dulli mérite une bonne partie de la hype qui l’entoure. Sa manière de chanter peut me taper sur les nerfs, mais des progressions lyriques vertigineuses comme celles-çi lui achètent une place dans mon coeur.

Pet Shop BoysFlamboyant : J’oublie parfois l’existence des Pet Shop Boys. J’ai tort. Ils sont capables de choses exquises.

LCD Soundsystem - Losing My Edge : Bijou d’auto-dérision. L’abus caricatural de name-dropping me fait mourir de rire. Le pire, c’est que je me reconnais au boutte là-dedans :”Ouaaaaiiis, moi j’écoutais du Merzbow pendant que tu trippais sur Debbie Gibson en 1989, p’tit con ! Ha ! Ha ! Ha !…” Le défi, c’est d’écouter la toune au complet sans monter debout sur sa table de travail et se mettre à sauter comme un fou.

The Postal ServiceAgainst All Odds : Oui, c’est la track de Phil Collins, mais sans le côté bénêt de l’interprétation originale. C’est finalement une excellenet chanson. Qui l’eût cru ?

Massive AttackLive With Me : En ‘91 – ‘92, une poignée de disques ont changé ma vie, m’apprenant à apprécier autre chose que du bruit. Frequencies, d’LFO; Foxbase Alpha, de St-Etienne; Praise, d’Inner City; Screamadelica, de Primal Scream; l’album éponyme d’Orbital (jaune); et le Goliathesque Blue Lines, de Massive Attack. les ti-gars ont l’air en forme. Ça augure bien pour le prochain album.

TV On The Radio - Wolf Like Me : J’sais pas combien de bands ont tenté la fusion gospell-punk-noise, mais eux autres, ça a marché, leur affaire.

Primal Scream - Suicide Sally & Johnny Guitar : Bang ! Primal Scream a réussi avec Riot City Blues ce qu’ils avaient essayé avec Give Out But Don’t Give Up : faire un excellent disque de rock n’roll traditionnel.

Le reste est merveilleux aussi, mais j’ai rien de spécial à dire dessus.

J




Chers vous,

J’ai fait une mini mise-à-jour sur le site MG. J’ai publié les couvertures pas mal définitives des nouveautés qu’on va sortir cet automne, assorties de leurs petits textes argumentaires. Dans notre section catalogue, livres à paraître.

Il y a des nouvelles planches de notre cher Benoît Joly dans les numéros récents de MensuHELL. Joie et allégresse !

Cette semaine, j’ai fait quelques dessins pour un libraire allemand qui prépare une version luxe de -22 degrés Celsius. Si tout va bien, chaque exemplaire (50 en tout) sera re-relié, avec une couverture rigide et un dessin gravé dedans, ça comprendra une sérigraphie, et 10 exemplaires “luxe-luxe” comprendront un dessin original. Normalement, ça devrait être disponible à la foire du livre de Francfort en octobre. J’ai pris le temps de scanner les images. Les voici (sauf si ça dérange Olaf, dans lequel cas je les enleverai drellà).












En faisant ces dessins, j’ai eu non pas une mais deux révélations majeures.

a) Dessiner, c’est l’fun en christie ! J’m'ennuyais beaucoup !

b) C’est mainetnant officiel, Superpouvoirs s’en va rejoindre L’automobiliste, Les clichés volés, Discomobile et Projet Domiciliaire dans les oubliettes de mes projets “à finir quand j’aurai le temps… Hrm ! Hrm !©TM” (c’est-à-dire le jour où j’aurai une longue barbe blanche). C’est parce que je suis un con qui s’emballe pour mille projets satellites et qui s’engage à qui mieux mieux, résultat : des centaines de personnes sont frustrées d’attendre après moi, et je suis frustré parce que j’ai tout fait dans ma vie pour arriver à faire ce que j’aime, et je trouve toujours le moyen de m’emprisonner quand même. Mais bon, le problème, c’est que ces petits trucs connexes pour lesquels je m’engage, en général, c’est plus payant que faire des livres (quoique…). Si j’arrivais à me concentrer sur quatre choses à la fois, comme tout le monde, ma vie serait probablement plus simple… Et si je passais pas 45% de mon temps à attendre après mon ordinateur lent… Aaaaah, lala… Donc, je dois jeter l’éponge. C’est un bon petit scénario et j’peux juste pas le faire d’une manière aussi précipitée, alors je préfère le retarder, même si je ne suis pas dupe; si je n’ai pas d’échéance, je ne retravaillerai probablement jamais dessus. Ça me décourage parce que je suis un bébé gâté qui n’a pas souvent échoué dans la vie. Par contre, ce qui risque de paraître cet automne, c’est une réédition très augmentée de Quelques pelures, épuisé depuis longtemps. Je pense faire une petite histoire qui lierait les histoires de ce livre par leur contexte de réalisation. Et j’ajouterais d’autres histoires qui ont été réalisées ou qui se passent dans la même période (1998-2000). Ça, je peux encore le faire… avec un peu de chance…

Ça va peut-être me donner le temps de travailler sur des choses qui attendent depuis des lustres, comme une refonte de notre pauvre site qui même si les infos sont gardées à jour, s’enlise de plus en plus dans la désuétude…

Pendant mes nuits d’insomnie (nombreuses et intégrales), cette semaine, j’ai fait beaucoup de croquis préparatoires pour Superpouvoirs. Pour l’instant, je les garde pour moi, mais c’était l’fun à faire en tabarnouche ! Je retrouve traaaannnquillement pas vite mon niveau de dessin de vitesse de croisière d’antan. Y’a d’l'espouêre, y’a d’l'espouêre…

Si vous êtes comme moi déprimés par la situation au Liban et la position du Canada à ce sujet, allez voir ce blog juste avant de vous flinguer. Pas parce que ça va vous mettre de bonne humeur… Juste parce que… En tout cas, j’ai l’air assez minable à côté, avec mes petits états d’âmes. Merci à Pishier de m’avoir envoyé le lien.

Bon ben bonne fin d’semaine !

J




Quand les premières notes de ce disque jouent dans mon atelier, je sais que je vais bien travailler, et que je vais être efficace. Je l’ai acheté en 1994, à New York (ça ajoute rien de préciser l’endroit où je l’ai acheté, mais c’est un beau souvenir). Mon ami Jean-Pierre me les avait fait découvrir quelques mois avant. Je n’ai pas été immédiatement séduit par l’univers musical de Paddy McAlloon, qui n’a rien de racoleur, mais après quelques écoutes, je suis tombé la tête la première et pour toujours dans cette talle de chansons, fasciné par les contructions méticuleuses, les arrangements déstabilisants, les mélodies luxuriantes, le lyrisme dans les juxtapositions inusitées et la production aventureuse (de Thomas Dolby)… Cette musique a pris une place immense dans ma vie, si bien que les citations au début du Moral des troupes et de Ma voisine en maillot sont tirées de chansons de Prefab Sprout. À certaines oreilles, ça sonne comme du pop guimauve de matante à saveur jazz fusion eighties complètement insignifiant, à d’autres, ça sonne comme du pop savant, sensible et ambitieux. J’ai jamais compris pourquoi, mais à ce jour, j’ai rencontré très peu d’autres fans des Sprout. Une chose me rassure, les rares initiés que je connais sont tous musiciens ou DJs. C’est bien, parce que ça donne l’impression que cette musique appartient aux vrais obsédés musicaux, ceux avec la gourmandise insatiable. Paru en 1984, Swoon est le premier album des Sprout. C’est le disque d’un groupe tout jeune, bourré d’idées et de stamina, mais qui n’a pas encore atteint la gracieuse maturité qui lui fera écrire les albums classiques qui suivront (Steeve McQueen, Protest Songs, Jordan: The Comeback). Cette maturation inachevée n’est cependant pas pour me déplaire, ça donne un disque de petits baveux. Esthétiquement, il est assez difficile. Avant, je l’écoutais quand j’avais pas vraiment envie d’écouter de la musique prenante, mais après quelques années, j’ai commencé à percer son mystèreé et à mieux comprendre sa chaleur. Il n’y a pas vraiment de pièce dont l’écoute est confortable à la première écoute. Les structures ont quelque chose de brouillé, les mélodies sont angulaires, les phrasés anti-musicaux. L’intro de I Could’nt Bear To Be Special est particulièrement cruelle pour les oreilles pantouflardes, avec ses Bôôô… Bô-Bîîîî… et la voix criarde du jeune Paddy (et il sont essayé d,en faire un single… misère…), mais l’amertume a le même effet dans cette musique que dans une excellente bière (détail amusant pour amateurs de bonne bière : ils viennent de Newcastle). Avec ma description, Swoon peut avoir l’air, à tort, d’une ride assez cérébrale, mais c’est pourtant une corne d’abondance de grooves sautillants qui m’ont inspiré pas mal de danses idiotes et d’air guitar dont je devrais avoir honte… Ce disque est parfaitement au centre du spectre de mes goûts musicaux, juste entre Sonic Youth et Burt Bacharach. Depuis la découverte de ce groupe, il y a 12 ans (merci encore, J.P.), je suis rarement tombé sur une trouvaille aussi rassasiante.

(j’ai cherché des vidéos sur YouTube, mais manifestement, Prefab Sprout gagnent plus à être entendus que vus… mettons qu’ils ne sont pas très bien servis par l’image… Îkh ! à la rigueur, le clip de Dublin se toffe, mais les autres… ailloille !)

9,75/10




Je viens de me faire rentrer dedans. Depuis que ma merveilleuse s’est cassé le pied dans un accident de vélo (à cause d’un chauffard qui l’a frôlée), je la voyage au boulot matin et soir dans notre petit bazou. Ce matin, ma voiture était immobile, sur la rouge au coin des rues Bellechiasse et St-Hubert. J’avais mon flasheur pour tourner à droite. La lumière a changé, mais il n’y avait qu’une flèche pour continuer tout droit. BANG ! Mon char se rammasse projeté deux mètres en avant. Frénétiquement, je sors de mon char et m’aperçois à ce moment-là que j’ai crissement mal à la nuque et aux trapèzes. Je beugle au conducteur derrière moi : “Mais qu’est-ce qu’y s’passe ?” Le bourgeois grisonnant, cheveux en broussaille et vers fumés de bourgeois, au volant d’une Jetta, Volvo ou Audi noire (avec une plaque européenne en avant, histoire de faire encore plus fendant), me dit : “J’suis désolé ! J’pensais qu’t'avançais” (oui, j’adore me faire tutoyer par des quincagénaires fendants qui essaient de m’envoyer à l’hôpital)… J’ai juste répondu un “tabaaaarslaaaackh !” en me pognant la nuque, puis, voyant que le monde derrière attendait, j’ai juste voulu tasser mon char sur l’accottement histoire de ne pas bloquer le traffic. Pendant que je faisais ça, j’ai aperçu le décérébré avec des bermudas beiges et un polo rentré dedans (pitié !) regarder si SON CHAR n’avait rien, r’embarquer dedans et à toute vitesse se sauver !!!!! Pendant ce temps, je m’apercevais que ma conduite est peut-être un peu off. Je l’aime ben, mon bazou. C’est le plus fiable que j’ai eu de toute ma vie, et j’en ai eu des centaines, de bazous. J’ai essayé de le pourchasser, mais je l’ai perdu assez vite parce que j’avais pas de sirène de police. “J’pensais qu’t'avançais”… Et il a fallu me pèter trois vertèbres pour t’apercevoir que j’attendais ma flèche, le cave ? Je sais mainteant grâce à quelle attitude les parvenus parviennent à devenir parvenus. Alors si vous reconnaissez cet affreux bonhomme, pouvez-vous lui arracher sa face de ma part, s’il vous plait ? Merci, vous êtes chous.

À chaque fois que je monte dans mon char (ou que je vais dans la rue) (ou que je sors de chez-moi) (ou que je respire), je suis persuadé que je vais mourir ou que je vais tuer quelqu’un par accident, et à chaque jour, je frôle la mort de quelques milimètres, ou je vois des ambulances ou des chars de polices passer en trombes, qui me rappellent qu’il ne nous reste que quelques minutes à vivre. Au plus. Et à chaque soir, quand je me couche, sain et sauf, je trouve que j’ai une chance presque obscène d’avoir passé à travers la journée sans encombres. Alors Montréal, si un jour je te quitte enfin, ça va être à cause de tes crisses de chauffards à marde.

Qu’est-ce que ça a à voir avec mécanique générale ? Hmmm… Ouains… désolé, ‘fallait vraiment que ça sorte, et comme j’ai pas eu le temps d’en étamper un bon dans face de mon bourgeois… Pis osti qu’j'ai mal dans l’dos. Ça va ben aller pour dessiner, ça !…

Depuis le début du mois, je travaille sur le scénario de “Superpouvoirs”. C’est la première fois de ma vie que je tape un scénario complet, c’est assez chouette à faire, et ça permet une meilleur construction du récit et des dialogues plus fins, mais je crains de manquer d’enthousiasme à l’étape du dessin, puisque tout est déjà mis en place par écrit (et l’aventure, dans tout ça ? l’aventure ?…). Je sais pas si je vais y arriver, pour octobre. On est le 3 août et j’ai pas encore fait une seule case au propre. C’est juste plus possible d’être éditeur quasi-bénévole et auteur non-moins-quasi-bénévole en même temps. J’ai pas envie d’arrêter ni l’un ni l’autre, j’adore ça, faire exister des livres d’auteurs que j’aime, mais à chaque jour, il faut que je me batte comme un fou pour avoir quelques minutes pour avancer sur mes affaires, et j’y arrive à peu près une fois par trois mois (à avoir quelques minutes pour dessiner, en général le vendredi entre 4h et 5h). Ma concentration est de plus en plus fragile, en plus. “Vaaaaa faaalouare que ça changeûûûûû…” (sur l’air connu).

Grmbl.

J

P.S. : Ha Ha Ha ! J’ai dit à Zviane (par écrit) que j’avais l’air super-intelligent avec mon sac de glace attaché à la nuque, et elle l’a dessiné ! Très bien vu, Zviane ! (quoiqu’en réalité, j’ai l’air pas mal plus zwing zwang que ça…)