Se lever de bonne heure, régler trois mille dossiers en retard qui font paniquer deux cent personne depuis des mois et des mois, manger des sandwiches aux tomates pour dîner, faire une histoire courte dans l’après-midi en écoutant les nouveaux disques de Billy Bragg et des Guillemots = une bonne journée.

J




Que d’articles sur notre métier dans les médias québécois ces temps-ci ! Les campagnes de promotions du livre de Mira Falardeau et de la librairie de François Mayeux ont toutes deux été abordées comme des occasions de faire des « bilans » sur la situation de la bande dessinée au Québec (aussi, en bons colonisés, on traite les premières publications de Glénat Québec comme un grand évènement avant même d’en avoir vu les couleurs). Loin de moi l’idée de m’en plaindre ! Je ne peux que me réjouir de voir que notre « message » continue d’essayer de passer. Mais (car il y a un mais), cet engouement collectif spontané fait remonter à la surface plusieurs manies qui m’énervent dans la manière de traiter la bande dessinée. Des choses qui me semble évidentes, mais qui ne le sont manifestement pas pour tout le monde. Je n’écris donc rien ici que je n’aie répété six cents fois déjà, et en bon canaïen français, il eut fallu que je me taise dès le départ anyway, mais que voulez-vous, j’ai une tête de cochon. Je n’envoie de pierre à personne, je suis moi-même sur la sellette et en partie responsable de ces égarements, mais tout ça ne devrait pas nous empêcher de réfléchir.

Si j’ai une seule certitude dans la vie, c’est bien celle-ci : Là où s’arrête la pensée en catégories* commence l’intellignce. Ça m’a bien fait soupirer dans le monde de la musique**, et ça me fait encore surventiler aujourd’hui : on semble avoir besoin de catégoriser les oeuvres à tout prix. J’ai longtemps essayé de me battre contre cette manie incongrue, mais force m’est de constater que les gens tiennent à ces foutues catégories (et on baptise ce qui s’évertue à être incalssable : hybride, roman visuel, ou je ne sais quelle autre connerie). Je prends pour exemple le champ dans lequel je suis présentement actif et que l’on s’entête à baptiser et à rebaptiser*** : bande dessinée d’auteur, roman graphique, littérature de narration graphique, art narratif contemporain, courant intimiste, bande dessinée pour adultes (ou bande dessinée adulte –pitié !–), drame psychologique, fanzine-album (!)… je vais vous avouer que toutes ces dénominations m’agacent. Je soupçonne que ça cache une honte de l’histoire, ce qui ne peut être qu’une conséquence d’un manque de culture. Quand on hésite à appeler ce qu’on fait «bande dessinée», est-ce parce qu’on se pense supérieur à ce qui est venu avant ? Supérieur à Herriman ? Jack Cole ? Forest ? Fred ? Franquin ? Je ne dis pas que tout ceux qui utilisent l’expression « roman graphique » le font par souci de rupture avec la tradition dans le but de flatter la bourgeoisie culturelle dans le sens du poil, mais ça demeure le message que ça envoie. En voulant se distinguer de la mission du Scrameustache, il faut être prudent de ne pas laisser croire qu’on souhaite se distinguer du reste. Je n’ai pas l’impression que le courant dans lequel j’oeuvre en ce moment est plus « noble » que ceux qui l’ont précédé et je ne pense surtout pas qu’il doive générer un nouveau terme qui parapluiterait ses livres. Mais bon, comment communiquer si toutes les définitions sont connes ? La littérature et le cinéma**** ont des systèmes qui fonctionnent assez bien et que j’applique à la bande dessinée (sans aucun jugement de valeur, quiconque jetterait un oeil à ma biblio/vidéothèque verrait que je n’ai pas grand chose de l’élitiste étroit d’esprit que certains m’accusent d’être). Ce que fait Thierry Labrosse est de la bande dessinée de genre (science-fiction), ce que fait Raymond Parent est de la bande dessinée jeunesse et ce que font des auteurs comme Rabagliati, Delisle, Satrapi, j’appelle ça de la bande dessinée. Dans le même esprit, je n’essaie pas de distinguer la musique que j’écoute du reste. J’appelle la musique des Guillemots du « pop » (surtout pas « indie », quel terme tapon et insensé !), et j’appelle les instruments de torture qu’on entend à la radio dans les lieux publics du « pop fm ». Je laisse le terme de base à ce qui est le plus proche de l’essence, qui est au service de l’oeuvre elle-même, et non du public, j’ostracise plutôt le pop perverti qui n’est plus qu’un produit de divertissement lobotomisé et lobotomisant (bon, dans le cas de cet exemple, il y a jugement de valeur, ce qui n’est pas le cas de la grille proposée pour la bande dessinée).

De l’autre côté, on a ceux qui nous ridiculisent avec leurs « bédé », «bédéiste », « bédéaste », « bédéphile », « bédévores », « bédéphages » et je vais vomir. Utilisateurs de ces mots, je ne vous chicane pas, mais oui, quand vous les utilisez (souvent dans le but de nous honorer lors d’une ouverture de festival, d’une remise de prix, ou lorsque que vous voulez partager votre appréciation de notre travail), vous faites grincer des dents une bonne partie de la profession. Au Québec, on est très vigilants avec le snobisme. Les seules fois où j’ai ouvert ma trappe concernant ces déclinaisons « funny » des initiales de notre médium, j’ai rencontré les foudres de défenseurs TRÈS agressifs de celles-ci*****. Mais bon voilà : LES GOÛTS, ÇA SE DISCUTE. « Bédé » est un mot laid. Oui, en partie, la laideur et la beauté sont des choses subjectives, mais « bédé », c’est objectivement laid, gorlo et infantilisant. C’est déjà un gag. Ça ferait un très bon nom de clown idiot et pathétique. Impossible de le prononcer sans que notre visage n’affiche à notre insu un sourire niais. Non, « bédéiste » n’est pas l’équivalent de « cinéaste », issu de « cinéma », une apocope de « cinématographe » (du grec, grosso-modo : écrire le mouvement) sans bricolage de maternelle autour. Si on manque d’espace pour écrire « bande dessinée » au complet, il faut mettre des points, c’est comme ça que ça s’écrit, une abréviation, pas avec des e-accent-aigu pour faire comique (ou pour faire pépé, bébé, gaga, gougou ou débile). Quand on prononce les mots « cinéma », « littérature » , « art », « théâtre », ça sonne déjà lyrique, tandis que « bédé »… Faut-il y voir un rempart de vertu, là pour nous empêcher de nous prendre au sérieux ? Peut-être, mais ça empêche aussi tout le monde qui est sensible aux mots de nous prendre au sérieux, et ça, c’est déjà moins rigolo. Qu’un auteur se prenne ou prenne son travail au sérieux, c’est sa décision, il est un tantinet cavalier de lui imposer de faire partie du monde du « loufoque » et du « sympa ». Je ne demande pas à ce qu’on vénère les auteurs de bande dessinée, je ne cherche pas la reconnaissance, je ne veux pas que le monde participe au gonflement de mon ego (je fais une excellente job tout seul dans ce domaine), je ne veux pas une place au Panthéon de la CULTURE avec un grand C. Qu’ils aillent se crosser, j’m'en sac’ ! Je demande juste à ce qu’on arrête de trouver ça normal de nous humilier.

Et quand l’Office de la langue française a accepté le terme « bédéiste » pour décrire notre profession, elle ne nous a pas demandé notre avis.

J’aime l’appellation « bande dessinée » parce qu’elle est neutre, respectueuse, sans prétention et abstraite. Elle ne parle que de la technique, du médium. C’est inclusif et ça n’a aucune connotation (ni « pèteuse de broue », ni « née pour un petit pain »). Parce que la bande dessinée n’est pas en soi fantaisiste, potache, humoristique, avetureuse ou romanesque. Ses protagonistes ne sont pas obligatoirement des héros/héroïnes (« super » ou pas), ou des mascottes de club de ringuette. Elle est un système de création de sens par la juxtaposition d’images fixes. C’est à la fois un terrain de jeu formidable pour les recherches d’avant-garde, et à la fois le mode de communication le plus immédiat et fondamental (les mots relèvent d’une convention fabriquée et acquise). Bien la lire demande un investissement de l’imagination du lecteur au moins aussi grand que la littérature, contrairement à ce que pense les sots qui la dénigre en disant, très à tort, qu’elle montre au lieu de suggérer.

Donc, je ne trouve pas bête la suggestion de Jean-Christophe Menu : servons-nous donc du mot « bédé » comme d’un terme péjoratif pour désigner la mauvaise bande dessinée, la plus putassière et rétrograde, et gardons le terme « bande dessinée » pour les bonnes affaires ! Et réservons le terme « bédéistes » aux tâcherons qui le méritent ! (har har har !!!)

Les mots ont un pouvoir immense. On ne devrait pas négliger l’importance de la recherche du mot juste. Il faut cependant préciser que le coupable de ce que j’appelle « négligence » n’est pas vraiment, règle générale, la main qui écrit ou la voix qui parle, mais la surcharge de travail demandée en peu de temps, l’espace restreint alloué aux articles, et le nano-attention-span du lecteur/auditeur lambda visé, donc : l’air du temps et l’étau économique. Mais… résistons !

Bon. Beaulieu, shut up and draw !

J

* : La pensée en catégories : source de belles choses comme le racisme, le sexisme, l’homophobie et le fanatisme religieux…

** : Si Jimi Hendrix a clos le débat, il y a quarante ans, en disant qu’il y avait deux styles de musique : la bonne et la mauvaise, je reconnais que les grandes catégories (pop, jazz, blues, classique…) peuvent être pratiques. C’est quand on tombe dans les stupidités comme noisy-drum’n'bass-acid-fusion-trance-folk-core qu’on vire dans le plus pur niaisage. Dans les années 1990, quand on me demandait quel genre de musique je faisais, ça m’embarrassait presque autant que quand on me dit aujourd’hui : « Ah ! Tu fais de la bande dessinée ? C’est qui ton personnage ? »

*** : J’utilise le mot baptiser avec tout son sens, comme quoi on ne fait pas que nommer, on met aussi dans un ensemble, une secte, une cage, on force une oeuvre à une procession de foi qu’elle n’a pas voulue la plupart du temps.

**** : Quoique, quand on parle de « drames », de « comédie » ou de (grimace) « comédie dramatique »… soupir…

***** : J’teeee dis qu’nous autres, les Québécois, on y tient, à notre ridicule, pierre angulaire de notre identité nationale : « Tu peux m’enlever mon eau, mes forêts, mon air, mon système de santé, Ben’s Montreal Deli, tu peux faire de moi une dompe pour déchets toxiques américains, mais TOUCHE PAS À MON RIDICULE ! »







(bulletin mécanique générale)

Chers clients,

notre belle et grande entreprise est toujours là pour répondre à VOS besoins et à ceux de votre famille, aussi, ce printemps, nous mettons sur le marché quelques nouveaux produits qui ne manqueront pas de rassasier vos appétits BÉDÉVORES les plus féroces ! (Bwaaarrrgh !)

la pinouillère !
C’est avec un retard grandiose (et hilarant) que nous lançons ces jours-ci La pinouillère, un petit collectif de 28 pages, couverture cartonnée, sérigraphiée et dos toilé, réalisé en collaboration avec la librairie Fichtre ! Pour tout achat de 75$ ou plus de bouquins MG, ce très noble établissement vous offrira votre exemplaire de La pinouillère. Au sommaire : des planches et dessins de PisHier, Benoît Joly, PhlppGrrd, Luc Giard, pascal girard, Zviane, David Turgeon, Sébastien Trahan, Catherine Lepage, Pierre Bouchard et de votre serviteur, sur le thème « la revue de l’année » (pas nécessairement 2007) ou des fêtes en général.

burquette
Je dirige le secteur bande dessinée des 400 coups depuis à peu près cinq ans, mais jusqu’ici, je n’ai fait que des MG. Le premier livre non-MG que j’ai dirigé vient de paraître : Burquette de Francis Desharnais, qui traite de sujets reliés à l’hystérie collective (j’aime bien cette manière, attribuable à Sergio Kokis, de décrire le phénomène) des accommodements raisonnables et de la commission Bouchard-Taylor qui a fait délirer le Québec l’an dernier. Ce beau bouquin aurait pu être un MG, au niveau de l’attitude et de la qualité, mais je voulais lancer une nouvelle collection ([strips], en l’occurence) où nous pourrons désormais regrouper nos projets de… strips. Lancement-Montréal le samedi 29 mars au Divan orange (4234 boul. Saint-Laurent) à 17h; lancement-Québec le samedi 19 avril au Cercle (228 rue Saint-Joseph Est), aussi à 17h.

fbdfq
Nous serons au festival de bande dessinée de Québec, à la mi-avril. Surveillez ce qui se passe sur le site du festival pour savoir où et quand. Nous tiendront aussi une table colosse à l’OFFiciel (avec, qui sait, quelques nouveautés surprises ?…). En tout cas, Iris y sera et elle aura du nouveau.

les ravins
Au festival (sauf en cas de pépin technique, parce qu’on est tights en titi), nous allons lancer un autre livre assez exceptionnel : Les ravins, qui est, à mon sens, le livre le plus chargé, abouti et important de Philippe Girard (un livre si personnel qu’il en abandonne pour l’occasion son pseudonyme sans voyelles). Ça raconte son voyage au Boomfest de St-Petersbourg en septembre 2007 (j’étais aussi de la partie, et il me fait faire tous les jeux de mots poches dans son livre !). Ceux qui s’attendent au cliché du compte-rendu de festival de bande dessinée en bande dessinée, assaisonnés de quelques impressions touristiques de ci de là, risquent d’être fort étonnés ! (lancement en même temps qu celui de Burquette, au party de l’OFFiciel)

bédélys
Deux de nos livres de 2007 font partie de la sélecton officielle 2008 du Prix Bédélys Québec : La plus jolie fin du monde, de Zviane, et Printemps lunaire, de David Turgeon. Bravo à eux deux et on croise les doigts…

le retour du moral (comme c’est printanier !)
Le moral des troupes, qui fut épuisé pendant plus de deux ans, est de retour chez votre libraire compétent préféré (ou il le sera dans les prochains jours, et s’il ne l’est pas, insistez auprès de celui-ci pour qu’il l’obtienne au p.c.). J’ai un peu fignolé cette deuxième édition. En plus d’être Mieux reliée et mieux imprimée, le trait dans cette nouvelle édition est plus foncé, il y a quelques fautes d’orthographe en mois, j’ai renumérisé quelques pages qui furent massacrées la première fois, j’ai changé une ou deux tournures de phrase et refait deux dessins que je trouvais affreux. Mais sinon, c’est le même livre (contrairement à la réédition 2007 des Pelures).

presse
Dans la fiche-livre de Formule 1, Bears+Beer (sur le site MG), vous pouvez trouver un article très bien tourné de Denis Lord, paru dans le ICI Montréal de la semaine passée. Bel article, aussi, sur BDSélection, à propos de notre unsung héros national et son Hiatus. Le magazine Entre les lignes (vol. 4, no 3), qui vient de paraître, présente un dossier bande dessinée, effort plutôt honorable, avec un très cool portrait de Zviane. Aussi, le journaliste Nicolas Ancion est en train de brosser un portrait du « renouveau de la bande dessinée québécoise » sur le site du Nouvel Observateur, et il se montre fort élogieux envers moi (3e partie) et Catherine Lepage (2e partie). Quel excellent goût ! D’ailleurs, le 12 mois sans intérêt de cette dernière a bénéficié d’une belle couverture médiatique en général (fort justifiée, mais souvent, les livres qui méritent le plus qu’on parlent d’eux passent dans le beurre, ce qui n’a heureusement pas été le cas de celui-ci, donc : hourra !).

et ensuite…
Un peu plus tard ce printemps, nous publierons des livres de deux de mes héros personnels : Albert Chartier et Jules Feiffer !!! Je vous en reparle.

Une dernière question : quand toute la neige qui nous est tombée sur la noix cet hiver va fondre, qu’est-ce qui va se passer avec l’eau ?

L’administration




Hey ! Allez voir les nouveaux blogs/sites des copains et copines Hélène Brosseau, Marc Tessier, Stanley Wany et Francis Desharnais !

Je vous reparle de ce dernier, en plus de vous donner plein de nouvelles de l’MG bientôt (là ‘faut j’parte) !

J






Participants à l’atelier qui seraient à l’écoute : n’oubliez pas que c’est la semaine de relâche ! Mardi soir = congé !

ET… BONNE FÊTE CHARLES !

J




En bûchant trois heures pour extirper mon char du banc de neige et de le désencatsrer de dedans la glace, je me suis fait une tendinite au poignet droit ! J’en ai eu une au poignet gauche, l’an passé, qui m’a fait chier d’avril à octobre. Bon, celle-ci semble moins pire, elle va peut-être passer plus vite. Pas de panique, pas de panique. Mais en attendant, dessiner m’est douloureux. Malheur de misère. Aussi, je suis coincé hors de mon atelier parce que j’attends des livreurs de meubles qui peuvent passer d’une minute a l’autre d’ici la fin de la journée. C’est le moment idéal pour rattraper mon retard sur des dossiers qui traînent depuis longtemps, et pourquoi ne pas commencer par le plus navramment inutile de ceux-ci ? J’ai nommé : mon palmarès 2007 !

pop :

  1. OF MONTREAL, hissing fauna, are you the destroyer? // Je vois trois section bien distinctes sur ce disque, et malgré qu’on y retrouve tous les “hits”, la première est la moins jouissive. C’est le milieu du disque (pièces 5 a 8) qui en fait un classique, une section plus groovy, dans laquelle l’humour acide et cinglé, marque de commerce du groupe, explose en rencontrant la détresse et l’amertume d’un carnage post-rupture. Ça parle de choses vraiment graves, mais ça donne quand même envie de faire des corégraphies idiotes avec sur la tête un casse de bain rose enjolivé de fleurs en caoutchouc.
  2. THE GO! TEAM - proof of youth // On ne peut s’empêcher de voir ce disque à l’ombre de son prédécesseur Thunder, Lightning, Strike, et c’est bien dommage, parce que ce successeur est tout sauf indigne. Seulement, lors de ma première rencontre avec la musique du Go! Team, j’étais si médusé, dépassé, j’essayais tellement fort de comprendre, techniquement, comment ils faisaient cette musique de rêve (ou commencent les échantillonnages, ou finissent les instruments joués et les voix ? Comment quelque chose qui sonne aussi croche peut-il être aussi imposant, ample et puissant ?), mais entre ces deux premiers disques, on les a vus live (au moins sur YouTube), et on a un peu compris le système, et Proof of Youth n’offre pas matière a un choc esthétique aussi radical que celui provoqué par Thunder…, donc c’est difficile de ne pas être déçu, mais c’est con, parce que la routine de The Go! Team vaut quand même mieux que les plus beaux efforts du reste des groupes trendys de l’heure.
  3. CHROMATICSnite drive // Je dois remercier David Turgeon pour cette trouvaille. Un disco atmosphérique, alangui, a moitié fondu, dans lequel on croise une moustache de Giorgio Moroder, une cravate de Kraftwerk, un crâne chauve de Richie Hawtin. La voix, détachée, comme hypnotisée rappelle avec bonheur celle de Sarah Peacock (Seefeel, Scala). Un disque élégant, décadent, et comme tout ce qui est sexy à ce point : existentiel.
  4. THE HIGH LLAMAScan cladders // Les High Llamas ne sont pas les rois de la surprise. Ils ont trouvé dès le départ (enfin, dès qu’ils ont adopté ce nom) leur formule de pop raffiné et intelligent et ils font leur petit bonhomme de chemin dans ce terrain de jeu bien délimité. Quand on achète leurs disques, on sait a quoi s’attendre, mais c’est néanmoins fort satisfaisant à chaque fois. On ne leur demande donc pas de nous étonner, mais avec Can Cladders, ils y arrivent en ajoutant quelques cordes à leur arc, ce qui donne, encore plus que leurs autres, un disque fin, riche et inépuisable.
  5. THE MOST SERENE REPUBLICpopulation // Le sens de la bifurcation, cher a cet adorable groupe torontois, est peut-être moins en vedette sur ce disque que sur leurs deux opus précédents, et on n’y retrouve pas de bombe comme Anhoi Polloi, (Oh) God, ou Where Cedar Nouns And Adverbs Walk, mais c’est leur disque le plus abouti et homogène (autant que ce terme puisse s’appliquer a eux), malgré qu’il peuvent se retourner sur un dix cennes et nous faire out of the blue une toune de jazz fusion brésilien assez convaincante. Si certains instruments semblent relativement garder le cap sur les plaisirs directs du pop (notamment les pianos, cuivres, basses et guitares), leur utilisation de la batterie et de la voix est vraiment inusitée. D’ailleurs, on a l’impression que la voix est pour eux l’instrument le moins important (ce qui pousserait la majorité des ingénieurs de son québécois a se mettre en position foetale par terre et à pleurer toutes les larmes de leur corps, foudroyés d’incompréhension). Un disque qui rappelle la forêt réunionnaise, où tout pousse n’importe comment, dans tous les sens, un fouillis végétal qui, finalement, apparaît plus ordonné et harmonieux que les jardins impériaux de Vienne.

cinéma (une sélection un rien coca-colaphile, je le reconnais) :

  1. Continental, un film sans fusil – Stéphane Lafleur // Le cinema québécois contemporain est un drôle d’oiseau. Avec ses films à moitié brillants, à moitié trop forcés et convenus (Denys Arcand), avec ses films formidables un peu gâchés par une fin pataude et trop explicite* (Que Dieu bénisse l’Amérique, C.R.A.Z.Y.), avec ses films “tellement bons” qu’ils sont presque aussi bons que les pires blockbusters américains/téléfilms de Tf1 (Bon Cop/Bad Cop, Ma fille, mon ange), et quelques rares films irréprochables, qui ne demandent pas vraiment d’indulgence patriotique pour être appréciés (Gaz Bar Blues, Congorama, Mémoires affectives, La vie sécrétée des gens heureux). Au moins, on commence à être capable, non seulement d’écrire (et même bien) en langue québécoise, mais aussi de jouer dans cette langue (ce qui semble avoir été coton, on nous servait tout le temps cette langue mi-figue/mi-raisin, que personne sur la planète ne parle, entre le français international radiocanadesque et le joual de nos mononques). Mais, très rarement, on croise un film où les responsables semblent avoir utilisé toute leur intelligence (sans se souiller dans le démago par crainte d’une faible performance au box-office) comme Continental (ça m’est assez peu arrivé depuis Le chat dans le sac et Où êtes-vous donc ?). Ce film nous dit, contrairement à ce que je pensais, qu’on est loin d’avoir fait le tour de la question de l’abyssale morbidité du Québec, qui s’épanouit particulièrement dans ces non-lieux sans goût, sans vie et d’une laideur infâme, qui ne sont ni nos campagne, ni nos petits centre urbains. Uuuruhhhhuuuhhhhhuhh !
  2. Black Snake Moan – Craig Brewer// Film machiste qui s’assume, d’une profonde humanité** (les deux sont plus compatibles qu’on voudrait bien nous le faire croire). La rédemption et le pardon sont des sujets BIG, et la ferveur du film accote cette BIGgitude (ce qui n’arrive presque jamais). Le blues, utilisé et célébré dans ce film, n’était pas, au départ, un argument favorable à mes yeux (j’aime le blues, mais seulement quand il est chanté par Nina Simone), mais j’en suis ressorti convaincu (ce qui n’est pas mince affaire). La fin, un moment de cinéma inoubliable, m’a particulièrement boulversé.
  3. The Darjeeling Limited – (avec son prélude : Hotel Chevalier) Wes Anderson // L’univers d’Anderson frappe dans le mille avec moi. Je me suis longtemps méfié de lui, je croyais qu’il ne voulait que faire du Bunuel cool, jeune, et dans “l’esprit indé” (je vais vomir), mais finalement, j’ai abdiqué. Il est capable et je fais partie de sa clientèle cible. Il a vraiment le tour avec le détail porteur, et le lyrisme des ralentis combinés avec les tounes du répertoire “british invasion”. Il a vraiment, vraiment le tour.
  4. Cashback – Sean Ellis// Difficile de rejoindre mieux que ça mes intérêts personnels. Un film avec une belle attitude. Oui, je sais, c’est sorti en 2006, mais ça s’est rendu ici en 2007.
  5. Juno – Jason Reitman // Je suis tombé de ma chaise en lisant que le Vatican avait interprété ce film comme un pamphlet pro-vie. Pour moi, le statement de Juno, c’est juste un magnifique et tendre “FUCK OFF !” bien foutu.

Mention séciale à Grindhouse – Roberto Rodriguez & Quinten Tarantino // Le problème avec le travail de Tarantino, c’est qu’il génère tout le temps des hordes de copieurs de calibre très médiocre, excité par les plaisirs trépidatoires de la mince couche de surface de ses films. Traiter le “guilty pleasure” avec autant d’intelligence, c’est pas donné à tout le monde.

bande dessinée :
Olala, c’est de plus en plus difficile, je n’ai plus rien du libraire à l’affût que je fus jadis.

  1. Faire semblant, c’est mentir – Dominique Goblet (L’association) // Un livre poignant, qui a l’air d’être autobiographique, non pas par manque d’imagination ou par narcissisme (oui, on nous fait encore chier avec ces reproches en 2008 !), mais par pure hygiène de la transparence, du désir de justesse et du refus de la tricherie. Ça force l’admiration. Et c’est beau.
  2. Jérôme et Sultana – Nylso (FLBLB) // Il y a des livres qu’on ne peut que gâcher en essayant d’en parler (c’est très présomptueux, la critique). Celui-ci en fait partie. Lisez-le si vous voulez que votre vie soit moins vide.
  3. Île Bourbon 1730 – Appollo & Lewis Trondheim (Delcourt) // En faisant un livre aussi senti et amoureux, Trondheim m’a ici étonné comme il l’a fait en 1994 avec sa salve initiale. Quellles belles scènes de monologues, quelle pouvoir d’évocation, dans le texte comme dans le images, quelle belle sructure !
  4. Milk Teeth – Julie Morstad (D+Q) // C’est pas de la b.d. ? Pfff ! Pour ceux qui savent pas lire, peut-être…
  5. Gus, t.1 : Nathalie – Christophe Blain (Dargaud) // Je ne trouvais pas que les deux derniers volumes d’Isaac le pirate avaient été faits avec autant de verve que les trois premiers. Était-ce dû à ma lassitude ou celle de l’auteur ? En tout cas, tout est revenu, et à la puissance 10, dans Gus. Chouette audace dans la narration, le dessin déformé et les couleurs.

Mais faute d’être à jour dans mes lectures, je peux quand même saluer quelques miracles éditoriaux :

  1. Betsy & Me – Jack Cole (Fantagraphics) // Il est tentant d’essayer de trouver, dans cet ultime travail de l’énigmatique Jack Cole, un indice qui pourrait nous éclairer sur le mystère de son suicide. J’ai longtemps rêvé de lire ces strips de 1958. Encore une preuve que la bande dessinée “d’auteur”, “personnelle”, “intimiste”, etc., ne date pas d’hier, et que le monde a toujours été expert dans l’art de l’ignorer.
  2. Valium Ab Bédex Compilato – Henriette Valium (L’association) // Enfin, viarge ! le tout Valium est accessible pour tout le monde (qui veut se donner la peine, parce que lire du Valium, c’est de la job !). Et les français ont eu l’heureuse lucidité de respecter le joual du texte, en plus (ce qui n’a pas été le cas pour Julie Doucet) ! Il y a de l’espoir…
  3. Love & Rockets Books (nlle. éd. en 7 vol. : 3 x Gilbert, 3 x Jaime, et un vol. des histoires courtes des deux) – Los Bros Hernandez (Fantagraphics) // Ces histoires fondamentales n’ont jamais été aussi agréables à lire ! Ces livres sont abordables, imprimés sur du beau papier accueillant et mat, ni encombrants, ni lourds, ni laids, et généreux quand même.
  4. Isabelle, Intégrale (3 vol.) – Will, Delporte, Franquin, Macherot (maudite belle gang) // Comme il est réjouissant de voir ce petit bijou de série traité avec au moins une partie du respect qu’on lui doit. Le Lombard (!!!!!) a toute ma reconnaissance ! (cette dernière phrase citée hors-contexte pourra vous permettre de me discréditer impitoyablement ou de me faire enfermer à l’asile, au besoin).
  5. Jérôme K. Jérôme Bloche, intégrale (3 vol.) – Dodier, Makyo, LeTendre // Une autre belle série européenne qui est avantagée par la pagination généreuse, le noir et blanc, et le format plus intime. Il fait bon redécouvrir sous ce jour nouveau les enquêtes de cet attachant détective amateur. Enfin, on a l’impression de se débarrasser du 48CC cher pour-e-rien, laid et infantilisant, et ce, même pour les séries pop. Il y a de l’espoir, dis-je… Quand j’étais jeune, je trouvais ça très marginal, Bloche, malgré une apparence classique/retro, ça ne rappellait pas grand chose d’autre dans le monde de la bande dessinée (surtout chez Dupuis), ça n’appartenait à aucun style, aucune école, aucune famille, et je trouve toujours que ça n’a pas vraiment d’équivalent.

télé :

  1. THE WIRE // De TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, TRÈS, LOIN la série télé qui mérite le plus le temps qu’on lui accorde.

J

* : la fin d’un film n’a pas à mes yeux, l’importance qu’on lui donne en général, comme une base absolue sur laquelle on peut juger une oeuvre (chose soulignée par ce cher François Dunlop), mais c’est quand même un moment très délicat, et une fin où on baisse radicalement le niveau de langage pour s’assurer que tout… le… monde… a bien compris ce que ceux qui utilisent au moins 2,5% de leur cerveau ont suivi depuis le départ puisque c’était –jusque là– bien raconté, ça peut être assez destroy sur l’impression qu’on a en sortant de la salle.

** : Vous me pardonnerez, je l’espère, ce syntagme figé, que je n’utilise pas à la légère.








[extrait d'une convrsation avec Catherine Lepage au Cheval Blanc cet après-midi] Il y a un conflit entre la réalisation d’un livre et sa mise en marché. Pour bien faire son travail, la machine commerciale a besoin de presqu’un an de jeu entre la finalisation du travail de l’auteur et l’apparition du livre en librairie. Et si on pouvait avoir une autre année d’avance pour prévoir le projet et tout préparer en conséquence, ce serait encore mieux. Cependant, pour les auteurs, ce serait invivable, ils doivent pouvoir changer d’avis, bifurquer, prendre du retard pour réfléchir, ou prendre de l’avance parce qu’ils rident sur l’ivresse de l’inspiration, et une fois leur travail accompli, deux mois de patience avant la parution du livre, c’est déjà beaucoup leur demander. Le monde professionnel et le monde artistique sont incompatibles. Ma day-job, en gros, c’est de gérer ce conflit.

Ma night job, ces temps-ci, c’est des choses comme ça :

J’suis vraiment motivé par l’atelier du cégep, cette année. On a une saudite de belle gang. Et avec le retour de la lumière, ça aide (maintenant si toute la neige pouvait fondre avant que je ne doive extirper mon char du banc de neige, ça serait su-per-cool !). Allez voir ce strip de Delphine, et encore bravo à Charles Ménard et Zviane pour leur prix Expozine ! YES !

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