rentre-dedans

Je suis en retard. C’est pas si terrible, je suis bien avancé et j’ai vu pire, mais j’aurais besoin d’encore deux-trois semaines de quiétude pour finir Comédie sentimentale pornographique et le lettrage de Suddenly Something Happened. Je me suis mis en retard en faisant un livre nettement plus ambitieux et exigeant (envers moi) que prévu, on ne s’en plaindra donc pas. Seulement voilà, c’est la rentrée, le strident téléphone a recommencé à s’immiscer dans mes heures comme un gros bourdon qui te fonce dans une narine à répétition. Et je dois passer mes journées à lire et remplir des centaines de milliers de pages de contrats et de formulaires, et aller à des réunions, faire des actes de présence, jaser… Bon, de quoi je me plains ? Je fais ENFIN ce que j’aime à temps plein. J’ai travaillé toute ma vie pour ça. Je dormirai et je prendrai des vacances quand je serai mort.

Bien sûr, ça serait plus facile si j’étais capable de me concentrer sur plusieurs choses à la fois, mais à 36 ans, il va falloir que je m’avoue qu’en matière de multitasking, je suis nul. Ou alors la bande dessinée requiert tout le multitasking dont je suis capable. Quand je fais un livre, je m’immerge trop dedans. Cet été, il a fallu que je sois désagréable avec tout le monde que je connais pour pouvoir me consacrer à ce livre. Un vrai goujat. Ça m’embête. Quand il le faut, j’arrive aussi à travailler dans le bruit et l’instabilité, mais ça donne souvent des pages à refaire plus tard. La peste soit de nos limites. Un jour, je serai raisonnable, équilibré, et ennuyeux comme tout.

Plus ça va, plus il est grisant de voir la Comédie prendre forme. C’est devenu une histoire assez énorme (selon mes standards, là, partez-pas en peur). 288 pages ! En plaçant certains morceaux du casse-tête, je me dis parfois «Ah ben ! C’est vers ÇA, que je m’en allais ! C’est à ÇA que je sers !». J’y consigne avec amour des scènes qui m’ont obsédé pendant quinze minutes ou quinze ans. C’est pas désagréable du tout. Là, quand j’arrive à avoir trois minutes pour m’y mettre, je fais l’aquarelle. Ça va bien, c’est reposant. J’achève, j’achève… depuis un mois, j’achève…

Mais revenons à nos moutons : c’est la rentrée, donc le retour de l’atelier au cégep du Vieux-Montréal. Vous avez jusqu’au 9 septembre pour vous y inscrire, et je vous le recommande. En général, on y fait de belles choses. Détails et inscription (oui, on peut désormais s’inscrire en ligne) : ICI.

Je vous laisse sur ma grosse morale nunuche du moment : On a tort de se croire capable de dire que c’est plus ou moins facile pour d’autres que pour nous. Surtout que le plus difficile, c’est de faire en sorte que ça ait l’air facile.

À bientôt,

Jimmy